jeudi 21 février 2013

On gazouille autour du perchoir

 Ce n'est pas parce qu'il n'y a qu'un perchoir à l'Assemblée nationale qu'il n'y en a qu'un qui gazouille. En fait, ça tweet dans tous les sens dans l'hémicycle, au point de provoquer des interruptions de séance et l'usage des tweets fait lui-même de plus en plus débat, certains se demandant même si, pour la sérénité des débats, il ne serait pas opportun d'y couper le wifi. 
Certes, c'est énervant ces gens qui pianotent sur leur portable ou leur tablette pendant qu'on cause entre soi. C'est impoli, irrespectueux, sorti du contexte et patati et patatweet. Alors, tweet ou pas tweet dans l'hémicycle en direct live ?

La question pourrait paraître anecdotique sauf qu'elle met en lumière une évolution majeure dans le jeu politique : autrefois, les femmes et les hommes politiques pouvaient prévoir leur communication et border les éventuels dérapages. Le jeu politique se partageait entre trois paramètres : le vote, la rue et le jeu des lobbies et des leaders d'opinion. 
Les réseaux sociaux ont changé la donne : n'importe qui peut s'imposer comme leader d'opinion : il suffit que son profil, ou son tweet, soit suivi, partagé et repartagé. Un nouvel espace publique est né, il joue en temps réel, est incontrôlable ou presque, et ses débordements dépassent largement le terrain local. C'est un sacré défi pour nos politiques et, comme tout progrès technique, il comporte autant de risques que d'opportunités.

Comme ça, spontanément – mais j'avoue : je suis un tantinet geek ! – j'aurais envie de dire que la démocratie est plus riche d'une plus grande transparence, que la logique de réseau ne fait que rendre le débat plus complet, plus exhaustif, plus ouvert. Sauf que.
Sauf qu'en fait de participatif, il n'y a souvent que délation – un tel est homophobe, un tel a fait un lapsus –, provocation et règlements de compte. 

Ceci étant dit, je doute que cela tienne à l'usage des tweets : il y a toujours eu des débordements dans l'hémicycle et le fait de s'y traiter de tous les noms d'oiseaux n'a rien de nouveau. C'est le jeu rhétorique, la palabre méthode occidentale : la joute verbale. Et si nos députés manquent parfois de hauteur de vue dans les 140 signes de leurs tweets, s'ils lâchent des bombes dont ils savourent l'effet mitraillette, ce n'est pas que le wifi ait un trop bon débit. 
Je crois juste que certains députés sont tout simplement… de drôles d'oiseaux.
Et, bien sûr, je tweeterai ce post.

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