mardi 14 janvier 2014

Un siècle en Centrafrique - 2 -

Un Siècle en Centrafrique - 140 x 340 cm.




J'avais installé autour du texte d'Albert Londres des images aux tons sépias, issues de sociétés ethnographiques ou de collections particulières. Il y avait là un peuple ou plutôt des peuples — Gbaya, Banda, Mandja, Sara, Kaba, Yakoma, Banziri, Sango, Mbaka, Mbororo — peuples pillés de leurs chairs, peuples dépossédés de leurs bouches, de leurs oreilles, là même où l'oralité faisait Histoire… Nos alphabets ont recouvert des siècles de "mémoire vivante", nos ambitions ont saccagé un pays qui en était plusieurs.

Plus de 50 ans d'articles du Monde consacrés à ce qui venait de devenir la République Centrafricaine sont venus recouvrir, en transparence, les traces de nos méfaits, les stigmates de la colonisation. De pages en pages imprimées et collées, ce ne fut que succession de disparitions douteuses, de putschs, de désillusions, de Françafrique, d'intrigues minières, de corruption… jusqu'à la démesure, hélas !
Et sur cette confusion, sont venus se poser de très éphémères papillons rouge sang… et j'ai pleuré sur la Centrafrique en collant les uns après les autres les cyanopyges sangaris.

C'est alors que je tombais sur ces vers de Kidjimalé Léon GRANT, poète banguissois. Puissent-ils seulement donner en Centrafrique une poussière d'espoir.



LEVER DU SOLEIL

« un hommage à ma ville natale »


Quel lever triomphal nous avons eu ce matin !

De par les collines majestueuses de Bazoubangui
Voici que s’offre une resplendissante coupe pleine de roses.
Vois cette ville qui, joyeuse, s’épanouit comme un pétale
A travers le lacis des branches puissantes.
Des quatre manguiers que père avait plantés
Des gouttelettes d’eau comme de jeunes étoiles
Posées sur les feuilles ouvertes frémissent étincelantes.


Déjà les réverbères sont éteints…


De ce disque safrané jaillit une fanfare
Rythmant les travaux du jour,
Les moissons saisonnières et autre croissance.
Rien des éléments naturels
Qui gravitent autour des Banguissois ne se réalise sans lui
Car la nuit même n’est que sa face cachée.


Le coq a chanté pour te célébrer, haut phœnix…


De par le levain de leur fierté,
De par l’obsession de vaincre la misère, la faim et l’assassinat,
Ces hommes grands et sveltes dont il a façonné la peau et le caractère
S’arment de courage
Quittent leurs logis surpeuplés où la nuit passée ils se délassèrent.
De ravissante femmes éternellement jeunes
Semblables aux princesses de Méroé
Viennent nonchalantes attiser le feu…
De plus en plus de voix se font entendre…
Imperturbable, l’astre-roi envoie ses rayons vers le ciel
Incendiant l’azur.
Les routes s’éclairent : des voies s’illuminent !
Le sourire naissant sur ses lèvres devient de plus en plus
Large et éclatant.
Radieux comme riant de cet éclat qu’il a su insuffler.
Et puis là-haut un large espace doré glisse et s’élargit.


Il n’est pourtant que sept heures sur le cadran…
L’écolier est prêt,
Les ménagères s’organisent.
Les rues se repeuplent : la nuit a fait son temps
Chacun retrouve son chantier.

A Bangui la vie renaît ainsi.

In La muse de Lycaon.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire