"Science sans conscience…"
Hier matin comme beaucoup, j’avais le cœur en berne et l’hébétude très lourde. Pas de mots ou trop de mots; trop de maux, en fait. Silence de la pensée: je ne pouvais pas dessiner, pas peindre, pas écrire. Alors, j’ai lu, lu des poèmes pour me ressourcer, me restructurer. Quand c’est l’humain qui vacille, c’est René Char qui m’alerte, me remet en éveil, lui qui me secoue, lui et ses Feuillets d’Hypnos , écrits en pleine terreur du repli sur soi, écrits dans le maquis, en 1943-44. Ecrits, pour rester humain en temps de guerre, même dans le combat. Sa vigilance est une nécessité. Ecoutez: 208 « L’homme qui ne voit qu’une source ne connaît qu’un orage. Les chances en lui sont contrariées. » 211 «Les justiciers s’estompent. Voici les cupides tournant le dos aux bruyères aérées.» Puis, plus loin: 220 «Je redoute l’échauffement tout autant que la chlorose des années qui suivront la guerre. Je pressens que l’unanimité confortable, ...