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La nuit, je veille

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J'aime les heures secrètes qui précèdent l'aurore. Peut-être me rappellent-elles des départs à la nuit, en montagne, quand j'étais petite ou jeune fille.  Toujours est-il que je m'obstine à me réveiller chaque nuit pour ne pas les manquer. Les yeux ouverts — en un clic semble-t-il — j'écoute s'effacer les derniers bruits de la nuit: ceux qui jaillissent encore de mes rêves écourtés et ceux, de plus en plus précis, qui viennent du dehors. Je guette dans l'encre les sons menus qui font comme des touches colorées sur du noir. Cette nuit, les sirènes trop nombreuses racontaient la tension dans les rues de Paris et je pensais aux minots qui couraient après la Nuit debout.  Puis le silence s'est fait et dans mon entre-deux de conscience, je les ai oubliés. Parce que c'est l'heure où les muses m'assaillent. Juste là, quand il faudrait dormir!  Je crois qu'alors, mes rêves s'entrecroisent avec mes bilans vaporeux des journée...

"Get on the boat, people"

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Triste journée que celle d'hier. Elle avait fort mal commencé avec le rappel de la date du jour, une sale date, le 21 avril.  Elle avait surtout immédiatement empiré, implacable, avec le récit des survivants: ceux qui venaient de voir périr 500 des leurs en Méditerranée.  Les beaux jours revenaient et avec le printemps, les noyades  allaient reprendre   en hécatombes. Eros et Thanatos en ordre de bataille. Rien de neuf, en fait. Ouch !  Triste journée que celle d'hier. Puis vint, le début de la soirée, cette heure où l'on s'arrête avec un livre ou le journal, un verre à la main, en poussant un soupir de soulagement pour marquer la fin de la course.  C'est là, précisément, que le coup de grâce est tombé : Prince est mort ! Ouch ! Comme beaucoup, j'ai commencé par fredonner : "Sometimes it snows in april Sometimes I feel so bad, so bad. Sometimes I wish that life will never ending…" Parce que je ne saurais pas vous dire combien j...

Réenchanter le monde

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Rien ne meurt jamais tout à fait, pas même Dieu.  Je regrette mes années de jeunesse, quand on croyait encore que Dieu était bien mort. Mais il est trop tard pour la nostalgie. (D’ailleurs, il est toujours trop tard pour la nostalgie). Tout de même, je revois les bancs de la fac, nos rêves insensés  et cette mise en garde pourtant, que Max Weber assénait depuis  un siècle déjà, quand il alertait sur la solitude de l’homme moderne,  son enfermement mécanique et le «désenchantement du monde». Nous le lisions dans les livres, nous n’étions pas peu fiers de remarquer la pertinence de ces écrits dans notre société qui déjà, changeait… Mais le cancer, on le sait, cela n’arrive qu’aux autres…  Aujourd’hui,  il me semble que c’est notre hébétude qui a ressuscité Dieu. Dans  les vides que nous avons laissés à force de renoncement.  Nous n’avons pas assez interrogé la modernité, pas suffisamment questionné notre désenchantement. Même ...

Peace and love, sans blague !

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Ce matin, je me suis réveillée au son des petits oiseaux qui gazouillaient sur mon portable et recueillais, ravie, les messages sur ma page Facebook (merci à tous) : j'entre dans ma cinquantième année et je savourais ces petits bonheurs avec toute l'insouciance qui caractérise ma génération. (…) Puis Bruxelles a reçu. Un double attentat. Coordonné. One more. (…) Hier, j'ai tourné la dernière page des Choses de Pérec, secouée d'insouciance. Il me semble que, de toutes façons, cette page-là a tourné. Et pourtant, sans blague : "Peace and love" !

Bruxelles

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Bang, bang et rebang ! et bang encore !  Là puis là : aéroport puis métro. Bang puis bang !  Cette fois encore, j'ai voulu croire que j'avais mal entendu, que j'avais manqué le début, que l'on revenait sur un événement passé… J'ai voulu croire mais n'ai pas pu: martelée, détaillée, l'info tombe et retombe et j'encaisse l'évidence. La stupeur fait patienter la douleur, la suspend un moment. De tout cœur avec les Bruxellois.

Printemps des poètes - 4. Les Matinaux (René Char)

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" Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l'unité." René Char, Le Rempart de brindilles , in La Parole en archipe l, Je ne pouvais pas terminer ce printemps des poètes autrement qu'avec cette citation. Je ne connais pas de meilleure définition de la poésie et c'est pour cette raison que je l'aime : elle me rassure infiniment, me fournit les recettes du bonheur… et me laisse mauvaise cuisinière ! Je me sens intimidée pour vous parler de René Char. Pas seulement à cause de l'héroïsme discret de ce résistant hors pair, maquisard et provençal, mais parce qu'il me semble chaque jour que sa poésie, son humanisme inébranlable et son regard émerveillé nous manquent infiniment. Comme j'aimerais parfois l'entendre éclairer ce monde de ses paroles lumineuses ! Mais voilà qu'il me tance, com...

Printemps des poètes -3 "écrire le cri" (Tanella Boni)

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D'après une photo de Frédéric Lecloux "écrire le cri la vie une chanson promise à la mer (…)" Je n'avais pas prévu cela. Pas une seconde. Ce week-end, j'ai réfléchi au texte qui devait célébrer l'immense poète que je pensais recevoir aujourd'hui dans ces colonnes. Ce matin encore, les yeux encore à demi fermés sur mon sommeil, j'en tournais les mots dans tous les sens, tant et si bien que mon papier était prêt avant même que ne sonne le glas de la nuit, avant que ne retentisse, sur un jingle , le réveil-bande FM. "rappeldestitres:c'estautourdelaCôted'ivoired'êtrevictimedesattentats(…)l'afriquedel'ouestconvoitéeparl'islamiseradical(…)" Ouch ! J'ai pensé que le maquisard qui hypnotisait mes nuits depuis quelques jours, n'aurait pas aimé qu'on fasse comme si de rien n'était ; qu'il aurait eu des mots sublimes, lui, pour ceux de Côte d'Ivoire explosés hier soir dans trois hôtel...