jeudi 28 janvier 2016

Les âmes sentinelles

En allant voir Kiefer à Pompidou, je cherchais des repères dans Paris déconstruit
Technique mixte sur papier. 38x56cm


On a beau dire, on a beau faire, beau déblayer les trottoirs couverts de fleurs et de bougies, décorer de lumières les rues avant les fêtes, quelque chose a changé. 
Quelque chose s’est enfui après le 13 novembre et pas seulement à cause des morts.

C’est vrai : je peine à retrouver Paris depuis que des minots sont morts dans leur candeur. Ce fait-là, cette tuerie de l’insouciance, c'était le point de départ, le choc… Mais le pire était à venir : la victoire des bornés et des paniqués attendait au coin de la rue et ceux qui triomphent du débat — avant de remporter les urnes ! — dégueulent d'arrogance ! 
J’ai mal à gauche, mal au centre et mal aussi, à droite. Point de sursaut d’humanisme, point de réveil d’un idéal républicain: rien, nib, nada, nichts. Exit le 11 janvier: ce fut le repli, la fermeture et surtout l’anathème.
Emmanuel Todd n’avait peut-être pas tort de nous désespérer.

Et puis.
Il y a quelques jours, en allant voir Kiefer à Pompidou, je cherchais des repères dans Paris déconstruit. Je glanais en chemin des pigeons repliés en plein vent, en attendant le soir. Les gris du ciel, tristes comme un 13 novembre, envahissaient les toits. Hiver pâle et douleurs maintenues sous couvert.

Et puis j’ai vu Kiefer à Pompidou.
J’ai posé mon âme ailleurs, l'ai suspendue à mes yeux éblouis. Autre espace, autre temps dans ces matières et dans ces formes, dans le minuscule et le gigantesque. Et c’était ici et c’était maintenant : la même douleur, le même nihilisme, les mêmes espoirs timides, toutefois.
J’ai vu Kiefer à Pompidou et pris de la hauteur : les pieds sur terre et le cœur en bannière, je retrouve peu à peu le geste désireux. 
Une page tourne… et virevolte peut-être.


« Elle est retrouvée.
Quoi ? — L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

(…) »

Arthur Rimbaud, L’Eternité, Poésies, mai 1872


Wake up little Susie. Collage sur papier. 30x39cm

vendredi 8 janvier 2016

2016 : Love first, amore anche !



Il y a un an et un jour, je m'apprêtais à envoyer mes voeux lorsque je fus arrêtée nette par les sirènes de police… puis par l'annonce à la radio d'une fusillade Boulevard Richard-Lenoir. Charlie était décimé et je rangeais mes cartes de voeux: le coeur n'y était plus.

Cette année, c'est encore difficile tant les temps sont effrayants ; mais tout de même, plein de belles choses à vous et à la terre entière, de l'amour surtout, partagé partout et avec le plus grand nombre, de l'imagination pour reconstruire du lien et inventer cette année. Et puis un peu de calme, moins de précipitation, davantage de subtilité dans les mesures avancées pour traiter les maux complexes de ce monde : j'envoies mes voeux les plus appuyés à tous les binationaux de ce pays mais aussi à tous ceux qui paient la facture de géopolitiques ineptes et de politiques guère mieux.

Et puisqu'on parle de géopolitique, je suis allée voir à quel thème l'ONU avait décidé de dédier cette année 2016. Réponse : les légumineuses…  L'obscurantisme gagne du terrain, l'humanité est assassinée chaque jour dans bien des contrées, l'éducation est en berne, l'apatridie menace de nouveaux êtres humains, la guerre décime des familles entières… Mais cette année sera consacrée à la promotion des haricots, lentilles, etc.
L'annonce m'est apparue quelque peu dérisoire. Pourtant, les crimes contre l'humanité, les petits arrangements abjects avec l'humanisme et les horreurs en cascade ne doivent pas faire oublier que la malnutrition demeure l'une des principales cause de mortalité, qu'elle tue plus de 3 millions d'enfants de moins de 5 ans chaque année, soit 45% des causes de décès de cette tranche d'âge !

Alors cette année, pour le traditionnel calendrier mural que je vous propose en janvier, j'ai quand même dessiné des haricots. Voici les visuels jusqu'en janvier 2017 (sur une musique de Rafaël Nauleau).
Pour commander votre calendrier (vendu 20 € et envoyé la semaine prochaine), contactez-moi.
Bonne année.