vendredi 14 février 2020

Bien sûr que les ogres existent



Il arrive parfois que l'âge avançant, l'enfance vous saute à la gueule. Je ne m'étendrai pas sur les circonstances qui m'ont valu cet uppercut et cette envie furieuse de tout lâcher comme ça, sur un dessin king size (ci-dessous), mais c'est sorti. 


"Dans nos ténèbres…" Feutre et acrylique sur papier 180g. 100x150cm

C'est sorti comme ça, en commençant par un petit rectangle noir, une porte ouverte sur une cave, en plein centre, avec un nom de voisin, une adresse, une date. Prescription.

Et puis, c'est sorti avec une fillette abassourdie, couettes blondes, juchée sur des caisses et un tabouret. Moi. 
Et puis, en énorme, une gueule de chien dont on ne sait s'il hurle à la mort ou s'il grogne. Alerte. Phobie.
Et quand ce fut fait, j'écrivais : "voilà c'est dit".

Le dessin commençait à peine.

Il me fallait encore reconnaître sur quel terrain je grandissais alors, quelle était mon histoire. J'ai cherché en traçant des lignes et des points qui laissaient gambader mes souvenirs décousus et je notais quelques mots, quelques phrases. Parfois je dessinais dans un coin. Pour comprendre.

J'ai quelques fois souri à des disparus de mon enfance que j'avais à peine connus, contente, finalement, de les retrouver.
Et je me suis souvenue combien j'aimais Saint-Vaast, les poèmes et les illustrations qu'on dessinait à l'école sur la page blanche, à côté du texte.

Alors, j'ai fermé la porte de la cave en me souvenant de la lumière qui entrait par l'embrasure de celle de la chambre que je partageais avec ma sœur. 
Là pendant qu'elle dormait, au beau milieu de la nuit, quand les phares des camions dansaient au plafond, j'installais une chaise, et dans ce mince rai de lumière pour ne pas la réveiller, je dessinai avec des feutres de toutes les couleurs, des fleurs, des familles, des oiseaux qui portaient des messages… et puis des lignes et des points.


La galerie du Génie de la Bastille présentera ce dessin à l'occasion de son exposition pour le Printemps des poètes, consacré cette année au thème du Courage.

Rendez-vous du 15 au 22 mars au 126 rue de Charonne, Paris XI.

mardi 10 décembre 2019

Arysque 2020. Du vert et de la poésie.

Je veux du vert dans ma ville. technique mixte sur et sous toile. 27x27cm. 2019 


Voici le bout de l’an. 
Je regarde ce qui a été fait et je me prépare à ce que je voudrais voir venir.
2019 me fut plus douce que l'année précédente. 
Sans doute parce que j’ai cessé de scruter de trop près l’actualité et que j’ai préféré lire des poèmes en semant des pensées dans les roses et dans les choux…

« Pourquoi des poètes en temps de détresse ? » Peut-être pour cela : 
Pour ne pas scruter de trop près le fait, mais respirer le Temps, le regarder, l’écouter, le caresser… Et, surtout, pour l’égrainer soigneusement.




Voici venu le bout de l’an et Les Amants de Coste-Belle dessineront le suivant : le calendrier mural 2020 est arrivé et il me reste encore une quinzaine d’exemplaires. Contactez-moi pour avoir le(s) vôtre(s) (20€ +frais de port).

Illustration de juillet dans le calendrier 2020 


J’expose aussi ce mois-ci (et les calendriers sont disponibles sur place) :
     -  jusqu’à la fin de la semaine à la Galerie du Génie, 126 rue de Charonne (75011) avec une quarantaine d’artistes du Génie de la Bastille dans le cadre des Minis
-     - Jusqu’à la fin de l’année à l’Atelier Foliecourt, 14 rue de la Folie-Méricourt (75011) avec les autres artistes de l’atelier.

Voici venu le bout de l’an et c'est le moment de faire également le point sur ce qui a été fait. Je vous laisse regarder tout ça en feuilletant mon dernier book (cliquez sur l’image pour tourner les pages)



Bonne fin d’année à tous

mercredi 27 novembre 2019

Le Génie invite deux de mes passe-murailles

 Passe-muraille (étude pour Primus amor Phoebi…) Technique mixte sur et sous toile. 30X30cm. 2019


Pour passer à travers les failles des murs, le passe-muraille utilise un phénomène d'osmose. C'est ça le secret. Ensuite tout est question de mesures.

Me voici de retour en peinture et je me régale avec mon passe-muraille.

Vendredi dernier, pendant qu'Anne Brissier et Chiara Mezzalama lisaient une métamorphose d'Ovide - celle de Daphné -, je présentais mon passe-muraille en public : plantée derrière la toile humide après avoir écrit quelques vers en latin et en ellipse sur le devant, j'appliquais fermement la peinture contre le lin en écoutant le poème. Le passe-muraille a alors fait poussé la peinture en frondaison, autour des bras et dans la chevelure de Daphné, recouvrant ses épaules et son front. 
Et hop ! Métamorphose !


Primus amor Phoebi… Technique mixte sur et sous toile. 100X120cm. 2019

Avant de l'exposer en public, j'ai quand même eu besoin de procéder à quelques vérifications… Le passe-muraille est capricieux si l'on ne l'apprivoise pas un peu, et je stressai qu'il me fasse faux bond devant tout le monde, d'autant que je l'avais pas mal délaissé ces derniers mois…

Aux Minis du Génie de la Bastille qui débutent le 3 décembre rue de Charonne à Paris XI et auquel les artistes sont invités à exposer deux petits formats de moins de 30 X 30 cm, j'exposerai donc deux études réalisées la semaine dernière pour cette performance, et quelques autres petites choses dans les bacs.

A très vite. 
A noter : je ne pourrai pas participer au vernissage le 7 décembre, mais je serai sur place mercredi 4, de 14 à 17 heures et vendredi 13, de 17 à 20 heures. 
Au plaisir de vous voir.





mardi 5 novembre 2019

Ovide en VL, VF et VI : lecture, expo et live painting à l'atelier Popincourt




Quatre mois ont passé.

J'ai passé l'été avec les Métamorphoses d'Ovide et mes Amants de Coste Belle jusqu’à ce que je sois contrainte de les laisser seuls regarder les arbres des montagnes prendre des teintes feu – « la panacée de l’incendie » ! - .
Puis ils ont accueilli les premiers flocons timides pour quelques heures, un été indien et quelques gouttes d'eau, enfin !





Je les ai retrouvés le week-end dernier. Les cosmos les réjouissaient encore quand la pluie a commencé à les rincer, à les détremper, à les gorger d’eau. Un déluge !
La neige, peut-être, est venue cette nuit. Comme tout le monde là-haut, ils s’y préparent. 







À Paris, j’ai à nouveau rangé mes pinceaux à l’atelier Popincourt, ce petit deux pièces en plein ciel où j’aimais déjà vous recevoir régulièrement, il y a trois ou quatre ans. 
Beaucoup de choses ont bougé dans mon travail depuis ce temps-là, mais pas l’envie de vous y recevoir. Je vous y attends donc le 22 novembre à partir de 18h (contactez-moi pour avoir le code de la porte d'entrée de l'immeuble). 





Pas seulement pour vous y recevoir, d'ailleurs. Surtout pour vous donner à écouter et à voir une des Métamorphoses d’Ovide, que nous jouerons avec mes amies Anne Brissier et Chiara Mezzalama. Anne et Chiara liront un épisode, respectivement en français dans la traduction de Marie Cosnay, et en italien dans celle de Ludovica Koch. Ainsi musardée par leur voix et ce bout de "poème sans fin", je jouerai sur une toile et/ou peut-être sur des dessins, avec quelques vers de la version latine. Ensemble avec Ovide, nous vous parlerons d'une jeune femme au nom de fleur que les eaux métamorphosèrent en arbre. 
Qui sait si nous parlerons de la même personne ?

jeudi 18 juillet 2019

Un été avec Ovide et Char


Étude pour les Métamorphoses d'Ovide. Livre I - 1-25. Encres sur papier 300g. 18x26cm



Étrange coïncidence : il a fallu qu’à la veille de retrouver René Char au milieu du jardin de Coste-Belle, je rencontre à nouveau Ovide. 
J’avais déjà croisé, ensemble, ces deux poètes séparés de 2000 ans, et pourtant voisins en poésie. 
C’était déjà à Coste-Belle… 

Toujours est-il qu'il y a quelques mois, Anne Brissier m’avait conseillé la traduction des Métamorphoses par Marie Cosnay, parues aux éditions de l’Ogre. Comédienne, Anne travaillait une lecture de cet immense poème et était sous le charme de cette “redécouverte”. Elle m’avait même lâché, comme ça, avec sa voix qui n’est qu’à elle : «ce serait chouette si on travaillait ce texte toutes les deux !». 

J’avais quelque part écrit dans un coin de ma tête qu'il faudrait qu'un jour, je dessine les Métamorphoses. Ma pétillante belle-mère aussi me l’avait soufflé à l’oreille. 

(…)

Alors, quand j’eus bouclé les travaux de fin d’année scolaire, quand  la poésie de mon jardin de montagne commença à me titiller sérieusement à l'approche des vacances, j’ai replongé dans le poème ("de la mer") d’Ovide. Dans cette traduction délicieuse, précisément… 

… Mes encres fines en sont sorties de leur boîte !

Cet été, dans l’atelier en plein air, à côté de mes totems, je dessinerai les saisons de mes amants chariens, mais je leur raconterai aussi le « poème sans fin » que les dieux ont fait courir sous la plume d’Ovide. Je crois bien que ça va leur plaire, parce que, ce matin, j’ai lu dans les annexes des Correspondances de Camus et de Char 1946-1959 (folio), ce petit passage de la préface à l’édition allemande des Poésies de René Char, écrite par Albert Camus en 1959.

« [La poésie de René Char] flambait, comme ces grands feux d’herbes qui, dans le pays du poète, parfument le vent et engraissent la terre. Nous respirions enfin. Le mystère naturel, les eaux vives, la lumière faisaient irruption dans la chambre où la poésie s’enchantait jusqu’alors d’ombres et d’échos. On peut parler ici de révolution poétique.
Mais j’admirerais moins la nouveauté de cette poésie si son inspiration, en même temps, n’était à ce point ancienne. »

Bel été à tous !



Etude pour les Métamorphose d'Ovide. Livre I - 26-66. Encres sur papier 300g. 18x26cm

mardi 9 juillet 2019

Les Amants de Coste-Belle - Rameaux de juin


Les Amants de Coste Belle - Juin. Technique mixte sur Bristol A3

"(…)
Là où m'oppressa ma ceinture de neige,
Sous l'auvent rocher moucheté de corbeaux,
J'ai laissé le besoin d'hiver.
Nous nous aimons aujourd'hui sans au-delà et sans lignée,
Ardents ou effacés, différents mais ensemble,
Nous détournant des étoiles dont la nature est de voler sans parvenir.

Le navire fait route vers la haute mer végétale.
Tous feux éteints il nous prend à son bord.
(…)."

René Char. Les Parages d'Alsace, in Le Nu perdu, Gallimard, 1971


Début juin, là-haut, le printemps des Hautes-Alpes avait tout juste un mois. Il était pourtant déjà été, foisonnant, et les herbes hautes dressaient une tendre pudeur autour des amants de Coste-Belle, à deux pas des lys martagon en boutons



J'ai vu les œillets roses, les pissenlits bientôt chauves, les pavots "grands comme des mains ouvertes"… mais pas encore d'aster, ni de rose… et pas encore d'iris. Je suis partie trop vite. Effarée de manquer le spectacle.


Sous le pin et le merisier, deux guitaristes et un chasseur prenaient l'ombre et la brise. Ils sont les comédiens de ce théâtre d'herbes






Je suis, ces temps-ci, l'absente de ce jardin. 
Je ne sais pas si le bois des amants enlacés a craqué sous les chaleurs ardentes de ce début d'été. Je crois que l'orage a grondé et que la pluie a dû glisser sauvagement sur les pentes devenues arides… 
Se peut-il que peut-être, il y eut assez d'eau pour abreuver la terre ?
Que reste-t-il de mes semis ? 

Ah ! s'ils pouvaient m'écrire pour donner des nouvelles !

"Porteront rameaux ceux dont l'endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l'éclair. Leur parole reçoit existence du fruit intermittent qui la propage en la dilacérant. Ils sont les fils incestueux de l'entaille et du signe, qui élevèrent aux margelles le cercle en fleurs de la jarre du ralliement. La rage des vents les maintient encore dévêtus. Contre eux vole un duvet de nuit noire."
René Char, Le Nu Perdu, Ibid.

Souhaitons-nous un bel été. Il reste des poètes.







vendredi 14 juin 2019

Les Coquelic'arts de Truillot, Festival solidaire et p(art)ageur à Paris XI



Depuis que j'ai mis fin à mes Zap Zap Actus, je suis venue sur ce blog pour vous parler de poésie. En revanche, je n'ai rien dit ou presque des travaux conduits avec le Jardin partagé TruillotPourtant, ils me tiennent à coeur parce qu'ils sont la part la plus concrète de mon engagement citoyen. 
Cette année, ensemble, on n'a pas chômé : on a semé des fleurs d'exils avec Chiara Mezzalama, on a créé de nouveaux bacs pour végétaliser le quartier, on a jardiné dans le Jardin partagé à visée pédagogique qu'on a créé au Jardin Truillot, avec des associations, deux classes de primaire de Pihet et des crèches, Demba a aussi trouvé du boulot, etc.

Mais le truc le plus dingue qu'on a imaginé cette année, c'est d'organiser le festival des Coquelic'arts de Truillot du 20 au 23 juin prochain, pour p(art)ager du son, de la biodiversité, de la poésie et de la solidarité.

Rendez-vous jeudi soir à 19h pour l'ouverture, avec Le Cabinet des névroses de la Cie n°8, proposé par Art'R, spectacle d'art de rue qui interroge nos rapports au monde dans la modernité

Et puis… vendredi, samedi et dimanche :





 



• Le 21 et le 23 juin, nous serons au Jardin Truillot. Au programme : fête de la musique dès le début de l'après-midi vendredi. Le dimanche, on écrira avec la boîte à poèmes de Franck Prévot, on écoutera les sons d'ailleurs joués par les musiciens réfugiés d'Exilophone, on découvrira la parcelle pédagogique et de nouvelles fleurs d'exils, etc.

• Le samedi 22, on pique-niquera ensemble sur plus de 100 mètres de tablée au milieu de la rue de la Folie-Méricourt, et on réfléchira aux enjeux urbains en parcourant le Salon Réinventer la ville devant l'église Saint-Ambroise où se retrouveront plus de 40 acteurs du Paris durable. 
Pendant ce déjeuner du 22 juin, on veut aussi que chacun puisse agir concrètement pour aider les mal logés du quartier et d'ailleurs et on a décidé de lancer un Défi logement aux habitants et aux commerçants du quartier.

Alors, pour sensibiliser nos convives, j'ai récupéré des parcours de vie et des témoignages, notamment auprès de Secours Emploi dont les travailleurs en insertion installeront les tables du 22. Depuis des semaines, tout en terminant les affiches du festival, j'illustre et mets en forme ces témoignages de mal logés et d'engagés solidaires. 
C'est franchement bouleversant ces tranches de vie à galérer dans nos villes. 
On vous attend nombreux avec votre pique-nique.

Si vous voulez soutenir le festival des Coquelic'arts, on n'a pas encore tout à fait bouclé le budget, alors on a ouvert une cagnotte sur Helloasso. C'est par là. Merci.








Rendez-vous à Paris XI - M° Saint-Ambroise, au Jardin Truillot et rue de la Folie Méricourt du 20 au 23 juin.



Spécial dédicace à René Char dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.