jeudi 10 mai 2012

Abolition de l'esclavage

On célèbre aujourd'hui l'abolition de l'esclavage.
La pratique est ancienne. En fait, je ne crois pas qu'on ait connu d'époque sans esclavage et rares sont les peuples qui ne l'ont pas appliqué. Au fond, il fut monnaie courante tant qu'on a accepté qu'un homme puisse exercer une domination absolue sur un autre. 

Parce qu'un esclave, qu'est-ce que c'est ? C'est quelqu'un dont on dispose à son gré, un être humain auquel on a retiré la propriété de lui-même.
Sur ce point, l'article 44 du Code Noir promulgué par Louis XIV en 1685 était sans appel lorsqu'il stipulait " déclarons les esclaves être meubles et, comme tels, entrer dans la communauté."
A l'origine, ce code était censé - animé d'esprit missionnaire - encadrer les pratiques de l'esclavage pour éviter les abus. La thèse officielle est d'ailleurs qu'il a constitué un progrès quant au traitement qui était infligé aux esclaves d'Amérique. C'est dire !
Parce que ce texte est sans aucun doute l'une des plus abominables monstruosités de l'histoire du droit moderne* : il justifie et codifie la mutilation des esclaves fugitifs, les bastonnades, etc. Pire : en chosifiant l'esclave (un meuble !), l'article 44 justifie la vente et la revente de marchandises humaines, ainsi que la saignée démographique dans le golfe de Guinée, si opportunément ouvert sur l'Atlantique pour une déportation vers les Amériques… Parce que ce que légitime cet article 44, c'est la déportation en masse de millions d'esclaves via le commerce triangulaire. A titre d'exemple, plus de 50 millions de déportés pour le seul Brésil entre le XVIe siècle et 1850.
Les nations européennes se disputaient à l'époque l'hégémonie sucrière.

Alors, on peut toujours argumenter que la situation des esclaves aurait été pire encore si ce texte n'avait pas été promulgué. Personne n'en saura jamais rien et l'Histoire ne se fait pas avec des “si”. 
Ce l'on sait avec certitude, en revanche, c'est que ce texte a donné force de loi à l'une des pires barbaries humaines. Ce n'est pas anodin de donner force de loi : la loi dit ce qui est juste !

Dans les faits, malgré les Lumières, il faudra du temps pour que soit mis fin à l'esclavage : si la France est bien le premier pays à abolir cette pratique en 1794, elle la rétablit sous Napoléon en 1804. ll faudra finalement attendre 1848 pour que l'esclavage soit décrété hors la loi et que le code noir soit aboli. Il sera remplacé par un vide juridique, puis par le code de l'Indigénat qui mettra en place un système d'apartheid dans toutes les colonies à partir de 1887 et jusqu'à leur indépendance.

Le 10 mai 2001, enfin !, la loi Taubira reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité. C'est cela que nous célébrons aujourd'hui. 

De nos jours, l'esclavage est clandestin et recouvre des situations très différentes et difficiles à contrôler. Selon l'Organisation Internationale du Travail, plus de 200 millions d'adultes seraient tenus en esclavage, auxquels il faut ajouter — parce que c'est du même ordre — près de 300 millions d'enfants de moins de 14 ans, maintenus au travail.

*cf. Louis Sala-Molins, Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, PUF, Paris, 1987

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