lundi 7 mai 2012

Hollande, président calme

Cette nuit, je me suis réveillée vers 5 heures du matin et j'ai collé mon nez au carreau. A l'angle du boulevard Voltaire et de Richard-Lenoir, on jouait les dernières notes d'un concert reggae aux voix un tantinet éraillées. Dans mon quartier bobo, black, blanc, beur, où l'on voit des petites vieilles fouiller de grasses poubelles pour quelques têtes de brocolis, il y avait au lever du jour, un petit air de changement.
Cela faisait longtemps. C'était très juste, comme toujours. Comme en 1981, même pas. Deux millions de Français ont voté blanc.

Je n'ai pas voté en 1981. Trop petite. Mais j'étais assez grande pour avoir déjà gagné mon surnom de "raisonneuse", alors, je me suis étonnée de voir mes parents si réjouis d'avoir un nouveau chef, alors qu'ils se disaient anarchistes. 
Ce jour-là, j'ai appris le statut de l'utopie. Pas deux ans plus tard à cause de la déception. Ce soir de mai 1981, quand dans l'excitation des bouchons qui sautent, ma mère s'est arrêtée deux secondes de se réjouir pour m'expliquer : "l'anarchie, c'est une utopie, un idéal. C'est comme un rêve. La politique c'est pour de vrai. Ce soir, on a juste l'impression d'avoir fait un petit pas vers nos rêves et c'est très important parce qu'on a attendu longtemps."

Bien sûr nous fûmes déçus. Jusqu'à douter des hommes, des partis, de la gauche modérée…
Puis l'alternance est venue rappeler qu'il y a quand même de petites différences, ces petits riens qui font qu'on a l'impression de progresser ou de régresser vers ces idéaux.

Certes, on est loin de la Terre promise. A priori, on est même partis pour quelques années de purgatoire et aux rives de l'enfer : les crises sont légion, les fractures profondes et les volontés divergentes. Il faudra faire avec les moyens du bord, y compris les moyens politiques qui sortiront des urnes aux Législatives.
Pourtant, en ces temps de radicalisation outrancière des discours et des méthodes, je trouve déjà éminemment rassurant d'avoir un président calme. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire