lundi 9 juillet 2012

A la porte de la conférence

Elle grogne pour elle-même dans une langue slave ébréchée, chignon gris en bataille, des rides profondes qui marquent même des sourires perdus. On lui donnerait 100 ans et presqu'autant d'errance. Chaque jour aux alentours de 18 heures, elle pose sa canne sur le bord de la poubelle verte et plonge sa main tordue dans les sacs déchirés. Elle fouille, scrute et brandit parfois, ravie, un cul de salade.

Dans mon quartier bobo, il est une heure de première importance. Cela se passe un peu avant l'apéritif ou pendant, juste après que les gardiennes ou les sociétés de services mandatées à cet effet aient sorti les poubelles des immeubles. Il reste alors une soixantaine de minutes — parfois un peu plus, parfois moins — avant que passent les hommes en vert dans leur camion avaleur de détritus. Ils viendront faire l'ultime ramassage. 
Avant eux, plusieurs poubelles d'ordures ménagères auront été soigneusement inspectées, écrémées, par des familles ou des hommes seuls, beaucoup de vieillards, hommes ou femmes, de toutes nationalités… 
La semaine dernière, un voisin s'est fait chasser de la supérette qu'il fréquentait chaque matin : la barbe trop sale pour supporter sa gueule dans le miroir, il avait subtilisé - ultime coquetterie - une bombe de mousse à raser.
Ce n'est pas nouveau. C'est juste plus fréquent, plus visible. 
La crise, concrètement c'est cela : une misère tellement prégnante qu'elle déborde de toutes parts et qu'il devient impossible de la cacher, même à coup d'arrêtés anti-mendicité.

LA Crise.
Aujourd'hui, le gouvernement réunit la Grande conférence sociale (voir article in LeMonde). Pas une réunion au sommet. Une conférence pour échanger, discuter, mettre les problèmes sur la table, réunir tous les acteurs et travailler à essayer d'inventer ensemble des solutions pour sortir de LA crise. Les décisions seront prises plus tard parce que d'abord, il faut discuter. Le retour du dialogue social, c'est toujours ça de pris.

Mais en regardant  l'ordre du jour, en lisant les thèmes* des ateliers de travail qui occuperont les participants cet après-midi et demain matin, on se dit que cette conférence élude tout de même un sujet de toute première urgence : que fait-on de ceux qui n'ont même plus le minimum vital ? Ceux qui, chaque jour, coincés en zone de survie, devancent les hommes en vert, pour se nourrir de nos ordures ?

* Sept ateliers de travail sont organisés sur les thèmes suivants : 
l'emploi, 
la formation, 
les salaires, 
l'égalité homme-femme et les conditions de travail, 
le redressement productif, 
la protection sociale et les retraites, 
la fonction publique.

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