mardi 21 août 2012

"Ici, le temps s'arrête"


"Ici, le temps s'arrête.", m'a dit mon voisin du Serre et Coste Telme, lieu-dit sis au hameau du Puy, Puy-Saint-Vincent, Hautes-Alpes.
"Ici, le temps s'arrête" : j'ai savouré plus que je n'aurais du, ce temps qui n'est que temps de saison, renouvelé année après année, avec patience.
 Ailleurs, pendant ce temps que je passais le nez dans mon jardin, les yeux dans les montagnes, le temps des hommes filait : répression en Russie, procès truqué en Chine, au moins 3000 morts supplémentaires en Syrie, un couple lapidé pour un enfant hors mariage au Mali, tout le nord du pays qui s'enfonce dans la Charia… J'en passe et des presque pires.

"Ici, le temps s'arrête", m'a dit mon voisin en vallée de Vallouise, en 2012.
Petit rappel historique : ici, en 1488, une petite centaine d'habitants — Chrétiens de confession vaudoise — y fut massacrée, brûlée vive ou jetée dans le vide. 
Les Vaudois avaient été déclarés hérétiques au concile de Latran.
Leur tord : prêcher hors des rangs du clergé et critiquer la corruption de l'Eglise.
Ils étaient en quelque sorte des préprotestants, grands fournisseurs d'instituteurs. Les Inquisiteurs furent sans pitié, les pourchassant jusque dans les vallées cachées où ils s'étaient réfugiés. 
En pays vaudois, les chapelles étaient peintes pour raconter les sévices encourus en enfer par les âmes pécheresses. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; ce n'était qu'avertissement aux hérétiques parce qu'on voulait qu'ils sachent à quelle torture mortelle ils seraient mangés ici-bas, quand les bras de l'Eglise les aurait attrapés : dépeçage, écartèlement, empalement… J'en passe et même des pires.

"Ici, le temps s'arrête", m'a dit mon voisin du Serre et Coste Telme. 
Au nord Mali, on coupe la main des voleurs.

Maintenant que j'ai quitté cette terre où ma patience m'étonnait, je ne peux que lui dire : "dans bien des lieux, le temps recule. Ses minutes sont des cadavres." 
Je sais pourtant, combien il a raison de regarder ce temps s'arrêter… et comme on  devient sage d'en savourer les secondes en marchant d'un bon pas vers le fond du vallon pour repérer, dans un nuage de poussière, de jeunes chevaux d'alpage d'une race à préserver.



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