vendredi 31 août 2012

L'Angola gâté par le pétrole

Les Angolais votent aujourd'hui pour élire leur nouveau président.
La position géographique de l'Angola, sur la côte Ouest de l'Afrique, à l'embouchure du fleuve Congo, est aujourd'hui la grande chance du pays, ce fut aussi sa malédiction. 

Premier pays d'Afrique colonisé par une nation européenne, en l'occurence le Portugal, l'Angola a été la contrée africaine la plus dépeuplée par la traite négrière et une de celles que les colons lâchèrent avec le plus de difficulté : pétrole, diamant, mais aussi coton, sucre, café et bois bon marché pesaient lourd dans l'économie portugaise. Dès 1933, le dictateur portugais Salazar soumet le pays à un code de l'indigénat particulièrement féroce. Les indigènes, qui représentent 98 % de la population, n'ont aucun droit, une partie est soumise aux travaux forcés, nul ne peut circuler la nuit et les châtiments corporels sont légion. Il faudra attendre 1954 pour que ces mesures soient assouplies, puis 1962 pour que ce code soit aboli.

La marche vers l'indépendance n'est pourtant pas encore gagnée : c'est seulement en 1975 que la république populaire d'Angola est proclamée. Son histoire commence par une interminable guerre civile opposant UNITA et MPLA. Elle fera entre 500 000 et 1 million de morts, civils pour la plupart.
L'Angola est alors devenu l'un des théâtres sanglants de la Guerre Froide. En 1979, Dos Santos prend le pouvoir. Il est président du MPLA dont les dignitaires s'enrichissent de pétrodollars tandis que l'UNITA se finance à coup de trafic de diamants. Peu à peu, Dos Santos met fin au conflit en se rapprochant de l'Occident. Pourtant, malgré les accords de Bisserte en 1991, la guerre civile peine à prendre fin. Elle ne s'arrêtera qu'avec la mort du leader de l'UNITA, Jonas Savimbi, en 1994. Le MPLA sort donc vainqueur ; une victoire entachée par l'affaire de l'Angolagate qui révèle que la France a livré pour près de 800 millions de dollars d'armes au MPLA, dont les tristement célèbres mines anti-personnel, assurant la victoire à ce dernier.

L'année de ces livraisons, en 1993, Total commence à explorer les grandes profondeurs d'eau du Golfe de Guinée : là le fleuve Congo a charrié des quantités astronomiques de sédiments qui peu à peu se sont enfoncés dans le fond de l'Océan. En 1996, le gigantesque champs de Girassol est découvert par 1400 mètres de profondeur d'eau. La major française s'apprête à battre ici le record de l'exploitation en très grande profondeur d'eau jusque là détenu dans le Golfe du Mexique. Le gisement est gigantesque — 140 km2 — et produit 200 000 barils/jour dès son entrée en production en 2001. Son raccordement aux 8 puits de Jasmin en 2006 portera sa production à 240 000 barils/jour. En 2011, Pazflor entre à son tour en exploitation et produit 220 00 barils/jour. Au total, avec 125 millions de tonnes de brut produites chaque année (2011), l'Angola est devenu une grande puissance pétrolière. Le pays a fait son entrée à l'OPEP en 2007.

Pétrole (92 % des exportations) et diamants (7,5 %) ont donc finalement fait de l'Angola la troisième puissance économique du continent africain, derrière l'Afrique du sud et le Nigeria, autre poids lourd pétrolier du Golfe de Guinée. Pour autant, cette manne n'a fait qu'accentuer les inégalités dans le pays : 7 Angolais sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté, le niveau d'éducation y est très insuffisant et l'espérance de vie une des plus basses du continent.

Quel sera le résultat des élections ? Malgré la contestation grandissante, notamment étudiante, on devrait voir José Eduardo Dos Santos réélu. Mais l'homme fêtera ses 70 ans à la fin du mois (soit presque 30 ans de plus que l'espérance de vie moyenne !) et la question de sa succession reste posée. Dauphin pressenti : Manuel Vicente, qui n'est autre que le patron de Sonangol, la très puissance compagnie nationale pétrolière qui orchestre l'activité pétrolière du pays. Le nerf de la guerre, en somme.

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