mardi 29 janvier 2013

En attendant les va-t-en-paix




Confirmant les propos de François Hollande saluant la reprise de Tombouctou, Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense a affirmé "la mission est remplie". Mais de quelle mission parle-t-on ?
Sur ce point, le Ministre a été plutôt clair : il s'agissait "de stopper la progression des islamistes vers le sud" et "de faire en sorte qu'en appui des forces africaines, les forces françaises puissent reprendre les grandes villes du nord." Gao est tombée, Tombouctou aussi : la boucle du Niger est donc désormais sous “contrôle” de l'armée malienne. Dont acte. La zone est théoriquement “nettoyée”’, reste à la tenir.  Pour cela, le Mali attend désormais la MISMA qui tarde et dont rien ne dit qu'elle sera de taille face aux combattants d'Aqmi. Avec elle, il devra marcher sur Kidal. D'abord considérée comme la destination de repli d'Ansar Eddine, la troisième grande ville du Nord aurait été reprise par les rebelles touaregs du MNLA (appuyés par des dissidents islamistes) qui affirment aujourd'hui l'avoir sécurisée.

C'est d'abord là que le bas blesse : la question de l'Azawad, qui fut le point de départ de cette crise, reste entier. Comment va-t-on parvenir à satisfaire le droit à l'autodétermination des Touaregs alors même que nous venons de nous engager pour défendre l'intégrité du territoire malien ? La question demeure sans réponse mais elle se posera, soyons-en sûrs.

S'il n'y avait que cela : la légitimité du pouvoir malien reste à démontrer et toute la zone sahélienne est en proie aux bandes paramilitaires qu'enrichissent trafics divers et variés… Comme l'explique Jean-François Bayart dans le Monde, "La France, les pays occidentaux se sont trompés sur le Sahel depuis trente ans et récoltent ce qu'ils ont semé." Aujourd'hui, comme l'Amérique du sud, le Sahel est une zone de non droit que terrorisent les trafiquants…  Qu'ils soient barbus ne change pas grand chose à la donne, sinon leur capacité à recruter plus largement et leur goût immodéré pour la frustration et l'enfermement.
Le Mali, et toute la zone sahélienne, est à reconstruire de fond en comble. Les pays donateurs ont beau avoir lâché quelques 450 millions d'euros aujourd'hui, on reste loin du compte : du côté de la Cédéao, on estime les besoins à plus du double et il va falloir du temps pour que soient effacées les multiples offenses : déjà on pille à Tombouctou, déjà, l'armée malienne est épinglée ça et là pour des exécutions sommaires et autres actes de barbarie. Quant aux combattant d'Aqmi, ils se terrent ailleurs, prompts à reprendre du service.
Entre chaos ambiant et velléités vengeresses, les Maliens, libérés des fous de dieu, sont loin d'avoir chassé tous leurs démons… Sur la boucle du Niger, les djinns soufflent encore bien des douleurs. Après les va-t-en-guerre, il faudrait que s'excitent — enfin ! — les va-t-en-paix.

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