mercredi 16 janvier 2013

Syrien soit qui Mali pense

Au sixième jour de l'intervention française au Mali, les chars sont entrés dans la bataille. Après les airs, les pistes sableuses, les corps à corps de combattants… et les enlèvements en Algérie, les soupçons d'exécutions sommaires de présumés jihadistes par l'armée malienne, j'en passe et des bien pires. 
La guerre est sale. La guerre décime, détruit, déplace… Et l'on se rassure en entendant, ce matin sur France Inter entre céréales et jus d'orange du petit dej', une femme malienne raconter ce pantalon qu'elle a découpé pour laisser voir ses chevilles, ses cheveux qu'elle a détachés pour laisser le vent les agiter en toute liberté.

Sixième jour de l'intervention française au Mali, donc. Il y a quelques mois, je déplorais ici le silence radio sur la crise malienne ; aujourd'hui, elle envahit le paysage médiatique et il semble que le monde s'arrête à Bamako et Diabaly. La France est narcissique et parce qu'elle y est, le drame malien efface tous les autres, à commencer par la crise syrienne que les journalistes ont du déserter.

Ainsi, les explosions d'hier à l'université d'Alep ont déjà disparu des ondes. Ses 84 morts et plus de 150 blessés sont passés par perte sans profit. Dans l'université d'Alep, il y avaient les étudiants qui planchaient et des centaines de réfugiés qui se cachaient là, fuyant les combats. On n'a pas vu non plus, à moins d'y regarder de très près, que 53 pays ont demandé au Conseil de sécurité la saisine de la Cour pénale internationale sur le dossier syrien (lire l'ITW de Lotte Leicht, responsable du bureau bruxellois de Human Right Watch in Le Monde). Fol espoir !

Devenue toute petite, presqu'insignifiante dans le paysage médiatique, la Syrie souffre en silence : 60 000 morts, 600 00 réfugiés dont 100  000 depuis un mois… et l'hiver qui ne facilite guère la vie des 2 millions de déplacés.
Nous n'irons pas en Syrie avant longtemps. Parce qu'on ne peut pas se fâcher avec la Chine et la Russie, parce qu'on ne peut pas dépenser des milles et des cents pour un pays qui présente peu d'intérêt économique et parce qu'on ne peut pas aider les rebelles infiltrés d'Islamistes alors même que l'on combat leurs frères d'armes au Mali. Et puis, l'armée syrienne est forte de plusieurs dizaines de milliers d'hommes fort bien armés : il faudrait être dingue pour s'engager dans une guerre perdue d'avance. 

Ce n'est pas une raison pour ne plus en parler.
Même sans la France, c'est aussi la guerre en Syrie, une guerre longue et dans laquelle les crimes contre l'humanité sont légion. Là, les femmes paient très cher : on est aussi passés à côté du rapport publié lundi par l'ONG International Rescue Comitee (IRC) sur la crise syrienne et qui tend à montrer que de nombreuses Syriennes fuient les viols perpétrés dans ce pays en guerre. Dans le black out médiatique, la Syrie agonise.


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