mardi 26 février 2013

Boko Haram, etc.


Cette nuit enfin, nous recevions des nouvelles des sept otages français enlevés il y a tout juste une semaine à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. Après les fausses bonnes nouvelles est venue la mauvaise : la revendication par Boko Haram de l'enlèvement des ressortissants français qui avaient emmené leurs minots voir en vrai les animaux de la savane africaine au Cameroun, pays jusqu'alors jugé sûr. 
Maintenant, il semble que nous savons.
En fait, nous ne sommes sûrs de pas grand chose, sinon de ce qui nous a été odieusement exhibé : quatre gosses au regard perdu, égarés dans un cauchemar, et trois adultes effarés, apeurés… trois parents en sursis et dont la main hésitante se pose maladroitement sur l'épaule d'un petit, impuissante.

Boko Haram n'est pas née de la dernière pluie, ni de la dernière goutte de pétrole puisée dans les grands fonds du Golfe de Guinée. Fondée en 2002, la secte djihadiste se voulait redresseur de tord des musulmans peu orthodoxes. Elle semait la terreur dans deux Etats du nord nigerian mais restait suffisamment confinée dans ses deux bastions pour que nul, ou presque, ne s'en inquiète vraiment : l'essentiel des richesses nigerianes, une huile noire et visqueuse - l'or noir -  est concentré dans le sud du pays. Tant que la violence demeurait au nord, elle était acceptable, dans ce pays que la guerre du Biafra, mais pas que, a largement habitué à la violence.

Et puis, le mal s'est répandu. Boko Haram ne s'est plus contenté de remettre des Musulmans "dans le droit chemin". Boko Haram a attaqué des Chrétiens, a enlevé des hommes d'affaire nigerians et peu à peu, ses membres illuminés ont gagné d'autres Etats du nord jusqu'à menacer la ville d'Abuja. En fait, lorsqu'en 2009, les militaires nigérians ont décidé de tordre le cou à Boko Haram, lorsqu'est mort son fondateur Mohamed Yusuf, la secte a explosé en dissidences incontrôlables. Pire : la violence de la répression de 2009 — les militaires nigérians ont massacré froidement 700 personnes, pas toutes membres de la secte — a donné à Boko Haram ses lettres de martyr.
Depuis 2009, Boko Haram et ses dissidences (dont Ansaru) multiplient donc attentats et actions violentes. Ils comptabilisent quelques 1500 morts à leur actif  et Human Right Watch accuse la secte (mais aussi les forces de sécurité nigérianes) de crimes contre l'humanité.

L'enlèvement de ressortissants étrangers n'est toutefois pas dans les habitudes de cette secte djihadiste. Elle témoigne de sa montée en puissance, de sa volonté de "déclencher la guerre partout" et de "se répandre dans tous les lieux de la région", pour reprendre les mots de l'homme au visage masqué par son foulard kaki qui offrait un premier plan sinistre sur la vidéo de cette nuit. 
Surtout, dans cette vidéo qui donnait à cette nouvelle stratégie sa vitrine médiatique, cet homme s'exprimait en arabe et non, comme Boko Haram en avait l'habitude, en haoussa. Il s'exprimait en arabe, comme pour nous signifier l'unité des forces, l'affirmation d'une Internationale djihadiste aux ramifications multiples… et labellisée, au nord de l'Afrique, AQMI.

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