mercredi 20 février 2013

Lettre ouverte à Morry Taylor



Paris, le 20 février 2013


Cher Monsieur Taylor,

Le Ministère du redressement productif a bien reçu votre lettre et la France entière a pu en prendre connaissance. 
Sachez que c'est sans regret que nous apprenons que vous renoncez à reprendre Goodyear. Comme vous le savez, cela fait un certain temps que nous avons aboli l'esclavage et que nous tentons – pas toujours avec succès il est vrai, les temps sont durs ! – de permettre à nos ouvriers de travailler dignement et de vivre de même.

On dit ici que vous estimez qu'un dirigeant ne doit pas gagner plus de 20 fois le salaire minimum de ses collaborateurs. C'est louable et nous sommes heureux d'apprendre que vous vous apprêtez donc à baisser vos revenus à 20 dollars de l'heure, ce qui, il nous faut l'admettre, sera largement en deçà des revenus de notre Carlos Ghosn dont on sait les brillants résultats.

Nous vous laissons donc dépenser votre argent comme bon vous semble et espérons que vos investissements industriels seront plus productifs que ceux consentis sur le terrain politique : 6 millions de dollars dépensés pour moins de 1 % des voix aux primaires républicaines n'est en effet guère glorieux surtout quand on n'hésite pas à user d'arguments populistes tels que "tuez tous les avocats et autres méthodes pour sauver le gouvernement".
A propos d'avocats, nous nous réjouissons d'apprendre que vous avez jugé utile d'en maintenir quelques-uns en vie pour plaider votre cause contre les subventions versées par Pékin aux fabricants de pneus chinois et espérons que celles-ci ne seront plus versées aux entreprises que vous achèterez.

Sans attente de votre réponse, nous vous informons que vous pouvez garder votre argent et vos soi-disant savoir-faire. Amiens-Nord n'est pas intéressé par Titan.

Adieu, donc. 


PS : Il n'y a eu chez nous qu'un Christian Estrosi pour saluer vos propos, ce matin sur France Inter, par un martial "jamais sous la présidence de Nicolas Sarkozy, au plus dur de la crise industrielle, un investisseur international ne se serait adressé au président de la république ou au gouvernement de cette manière. Voilà comment nous sommes traînés dans la boue". Christian avait du oublié que vous aviez traité son champion de "dangereux gauchiste". Ne lui en tenez pas rigueur : l'émission était matinale et, comme vous le savez, les Français ne sont guère opérationnels avant la pause déjeuner.

En réponse à Morry Taylor:
« J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l’ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m’ont répondu que c’était comme ça en France [...].
Monsieur, votre lettre fait état du fait que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ? Titan a l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’a le syndicat fou ? Il a le gouvernement français. Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord. »
 

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