jeudi 28 mars 2013

A quelques jours de la fin de la trève hivernale

Mal logés. Technique mixte sur et sous toile. 160 X 125 cm

Il y a moins de deux mois, la Fondation Abbé Pierre sortait son rapport annuel sur le mal logement. Bilan : plus de 3 millions de mal logés dont 140 000 à la rue.

Chaque année, du 1er novembre au 15 mars, la trêve hivernale interdit toute expulsion. Cette année, les conditions météo de ce mois de mars, pour le moins glaciales, avaient conduit le gouvernement à repousser de 15 jours cette échéance. Un bien court répit. A partir du 1er avril, les expulsions vont reprendre ; c'est le stade ultime du mal logement : le pas de logement du tout, le sans domicile fixe, la rue et les gosses couchés sur le trottoir, sur un bout de couverture très vite crasseuse, à proximité d'une cabine téléphonique pour protéger les sacs des ravages de la pluie.

Mais le mal logement, c'est aussi une réalité cachée par ceux qui ont quand même un toit parce que ce toit est une humiliation. Le mal logement c'est la honte chevillée à la promiscuité. 
Le mal logement c'est un gosse qui ne peut rendre l'invitation quand il est convié à quelques agapes chez un copain, parce que ni lui, ni ses parents n'ont envie d'exhiber cette preuve de misère. Le mal logement, ce sont des familles à l'étroit, des parents sans intimité. Le mal logement, ce sont des minots qui courent jusqu'à des heures tardives dans les rues de mon quartier parce que les parents, même quand ils sont acculés et aux abois, ont besoin de retrouver dans leurs ébats un brin d'extase, une once de bonheur. Le mal logement, c'est la tension qui monte dans le couple et gagne toute la famille. Le mal logement, ce n'est pas juste – c'est pourtant déjà beaucoup – un toit qui fuit, des murs mal isolés, un espace trop étroit. Le mal logement, c'est d'abord des familles en danger d'éclatement.
Monsieur le Président, ce soir devant les caméras, aurez-vous un mot pour ceux-là, à quelques jours de la fin de la trêve hivernale ? 
Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Allez donc regarder ce témoignage de Keita et de sa famille, filmé par les Enfants de Don Quichotte.

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