vendredi 27 juin 2014

Les restes-à-terre / Quitter le bitume









Dessiner sur une tablette, c'est un geste singulier : le doigt doit glisser en douceur et l'on finit par caresser l'écran du bout des doigts. C'est doux, plaisant, simple…
Mais je mesure combien cela manque de chair, d'étoffe, de grain. Il me faut malaxer, touiller, écraser, broyer… et conjuguer la finesse filaire d'un trait d'encre tracé à la plume avec d'épaisses boues granuleuses et colorées. J'aime ce jeu de contraste. J'aime surtout lâcher en liberté mes tâches de matière : elle s'éclatent sur la feuille de papier, diffusent et pénètrent, se mélangent… jouent ensemble… Je ne suis plus maître du jeu. Les muses décident à ma place et j'adore ça.

Alors, quand tout ceci a bien séché, quand l'agitation des égéries s'est un peu calmée, je découpe mes grandes feuilles maculées pour disposer de petits formats tâchés. Là, je raccorde arbres et fleurs, j'installe ma forêt et la peuple d'humains légers comme des papillons.

Je crois que le printemps des montagnes, l'annonce d'un été que je passerai en lisière de forêt m'ont ramenée dans ce lieu là : dans cette forêt primaire, cet Eden. C'est Loveland, encore !

Série en plein air - 1 (juin 2014)
J'avançais doucement. Je me trouvais à Ceillac, dans le Queyras. Au-dessus de
moi mon homme et nos amis volaient, se balançant avec leurs ailes multicolores. J'étais calée à l'atterrissage, mes grandes feuilles étalées devant moi. La ville que je venais de quitter s'effaçait peu à peu… Je suis allée gratter le bord du pré, là où la route goudronnée partait en miettes… et j'ai mélangé ces bouts de route et ces graviers à l'encre bleu, au liant… J'ai patouillé et repatouillé, écrasé, cassé les pierres trop grosses… et ma grande feuille blanche se tâcha de frondaisons…










Les Restes-à-terre / Quitter le bitume
série de 14 petits formats (7x13cm) sur papier torchon.

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