vendredi 10 avril 2015

Je suis Kenyane



La haine va si vite que je peine à la suivre.
147 morts, étudiants, enseignants, triés en fonction de leur culte et abattus froidement comme on tire à la foire !
Mais ce n'étaient pas des cibles en carton, c'étaient des étudiants ! Ceux qui devaient construire l'avenir du Kenya et peut-être celui de tout un continent déjà hypothéqué par les orphelins du Sida, les enfants-soldats, la faim, les pandémies... j'en passe et des pas mieux...

Hasard de calendrier, mes travaux m'ont conduite ces jours-ci dans l'univers de Bernard-Marie Koltes. C'est là que j'ai eu vent de ces mots qu'il écrivait je crois, dans Tabataba (corrigez-moi si je me trompe). Je les ai lus hier et en pensant ce matin à ce que j'allais vous dire dans cette chronique, ils se sont imposés : 
"pour moi l'Afrique, c'est une découverte essentielle, essentielle pour tout. Parce que c'est un continent perdu, absolument condamné..."

Comme je voudrais ne pas croire ses derniers mots !
Je voudrais continuer d'espérer que des décennies de souffrance ne sont pas une éternité et qu'il peut arriver que les choses se déplacent, que des territoires se transforment. C'est arrivé déjà, c'est arrivé, le plus souvent. Partout ! 

Mais voilà qu'un nouveau fléau mine le continent : au Kenya, au Nigeria, au Cameroun, en Algérie, en Tunisie, au Mali, en Centrafrique, au Soudan, etc. - la liste est trop longue ! -, des illuminés de Dieu massacrent à grande ampleur. Pire : le mal s'étend... en territoires conquis ou laminés, en âmes converties ou soumises.
Nul ne sait que faire.

Alors, incapable de faire plus utile, j'ai déposé sur le corps des défunts, le regard de quelque ancêtre masqué. 
Parce qu'il y a là-bas des trésors de beauté façonnés de main d'homme et que quand l'homme se fait artiste, il ne veut ni le bien ni le mal mais crée l'intemporel : une richesse inestimable, un limon fertile pour bâtir des demains. 

Parce que cela, j'en suis sûre : nul ne peut nous soustraire à notre soif d'esthétique, nul ne peut nous ôter notre goût de la connaissance.
C'est essentiel. Essentiel pour tout !
Je suis Kenyane !

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