vendredi 4 septembre 2015

Le Dormeur du sable



Flux sans reflux possible
Flux bloqué par des murs d’eau ou de barbelés.
Flux agglutiné sur de longs quais sans train.
Flux sous pression, au bord de l’explosion…

Flux de familles
Flux de regards épuisés, de semelles défoncées.
Flux de réfugiés sans refuge.

Puis, un minot échoué sous l’œil des photographes, dévoile enfin au monde les mille pères sans famille : ceux-là même dont on dénombre les pertes depuis plus de deux ans !

Pour toi Aylan et pour les anonymes, pour les corps sans nom, les « numéros détachés », cette triste digression sur des vers de Rimbaud, parce que tu vois, petit, je ne suis pas bien sûre que cela suffira pour nous ouvrir les yeux et c'est ça le plus dur !



Le dormeur du sable
(d’après A. Rimbaud, le Dormeur du val)

C’est un trou maritime où chante la marée
Accrochant follement des algues aux haillons
De peau ; où le soleil, de l’Orient abîmé
Luit : c’est une fine plage qui crépite de rayons.

Un enfant jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais ressac bleu,
Dort : il est étendu dans l’eau, sous la nue,
Pâle dans son lit sable où la lumière pleut.

Les pieds dans les écumes, il dort, souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine.
Tranquille. Il a les lèvres violettes et les poumons noyés.

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