mardi 16 février 2016

Noyade sous les ors de la république

Noyade sous les ors de la république. Technique mixte sur bois. 60x99cm


C'était une fin de matinée  d'hiver. J'avais rendez-vous avec une amie d'enfance au Trocadéro. Il faisait un froid glacial qui me saisit dès la sortie du métro. Frigorifiée, je me précipitai vers la lumière, vers la béance pavée de clair qui descendait sur les jardins menant à la Tour Eiffel. J'espérais glâner là un brin de chaleur sur mon museau mais c'est la sublime majesté du lieu qui m'attrapa ; soleil rasant les murs, caressant les seins dénudés des sculptures que les pigeons avaient, au fil du temps, maculées de fientes.

Parvis des droits de l'Homme. Exposition universelle… 
“Je vous parle d'un temps que les moins de (cent) ans ne peuvent pas connaître” et que, comme ceux-là, j'avais trop mythifier. J'admirais l'étendue étalée sous mes yeux, belle comme un océan couvert d'un glacis d'or. Un océan dont on pouvait même, dans la brume, deviner le phare gigantesque, tout de métal entrecroisé ! 
Pourtant, dans cette splendeur éclatante, dans cette majesté qu'adoucissait la grâce des demoiselles de bronze, les pigeons et leurs chiures me parlaient de la mer, soufflant dans l'oreille de ma jeunesse perdue des vents méditerranéens, malgré le froid.



La Jeunesse (1937). Alexandre Descatoire. Palais de Chaillot


Alors devant l'océan d'or du Parvis des droits de l'homme, j'ai voulu rendre hommage à ceux qui se noient, un peu plus loin au sud, rabattus comme des paquets morts sur une frontière d'eau salée pendant qu'on se bouche le nez. Quelle farce que les ors de la république ! Quelle tragédie sous leurs grilles ! 
Quelle déchéance !




Noyade sous les ors de la république. Détail.

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