lundi 14 mars 2016

Printemps des poètes -3 "écrire le cri" (Tanella Boni)

D'après une photo de Frédéric Lecloux

"écrire le cri
la vie
une chanson promise à la mer
(…)"

Je n'avais pas prévu cela. Pas une seconde.
Ce week-end, j'ai réfléchi au texte qui devait célébrer l'immense poète que je pensais recevoir aujourd'hui dans ces colonnes. Ce matin encore, les yeux encore à demi fermés sur mon sommeil, j'en tournais les mots dans tous les sens, tant et si bien que mon papier était prêt avant même que ne sonne le glas de la nuit, avant que ne retentisse, sur un jingle, le réveil-bande FM.

"rappeldestitres:c'estautourdelaCôted'ivoired'êtrevictimedesattentats(…)l'afriquedel'ouestconvoitéeparl'islamiseradical(…)"

Ouch ! J'ai pensé que le maquisard qui hypnotisait mes nuits depuis quelques jours, n'aurait pas aimé qu'on fasse comme si de rien n'était ; qu'il aurait eu des mots sublimes, lui, pour ceux de Côte d'Ivoire explosés hier soir dans trois hôtel d'une ville sur la grève, les pieds dans l'eau salée ou presque.
Et j'ai estimé qu'il était plus que temps de faire venir ici quelques poètes d'ailleurs, grand temps que mon blog accueille lui aussi des poèmes migrants, des cultures étrangères… Ce n'est pas mon invité du jour qui viendrait à déplorer ce report de rendez-vous.

Alors ce matin, j'ai fait connaissance avec la poésie ivoirienne (un peu mais pas assez, je suis preneuse de suggestions) et découvert huit poèmes de Tanella Boni, née en 1954 à Abidjan. Je ne vous la présenterai pas; ce matin encore, je ne la connaissais pas et je ne ferai que plagier le contenu de Wikipedia..
Mais j'ai trouvé ces mots qu'on lui attribue et j'ai pensé qu'ils seraient sans doute doux à l'oreille des Ivoiriennes. Paris est Grand-Bassam !


" parole et souffrance muettes
dites en deux mots
en trois maux dites
et libérons les cœurs
libérez la souffrance
la patience de la peau
espace carcéral où agonise
l’émotion
à chaque soupir
mais l’émotion salue le grand air
à tout vent
depuis les sommets
jusqu’au royaume de l’herbe folle
l’émotion vogue par-dessus la mer
vagues et bateaux en poèmes
mots-consolation
sur une plage de sable
mots ingénus
et papillons éphémères
dans l’herbe verte et lumineuse
les mots abandonnent le cœur
à sa souffrance première
à sa patience de femme
immensément patiente "
Tanella Boni

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire